Théâtre

Création au Shizuoka Performing Arts Center, Japon

Japon

La Cerisaie 桜の園

Anton Tchekhov
Daniel Jeanneteau, Mammar Benranou

« Ce projet est né d’une proposition de Satoshi Miyagi : monter Tchekhov aujourd’hui, au SPAC, à Shizuoka, au Japon. C’est la quatrième fois que le SPAC m’invite à créer un spectacle avec une équipe de comédien·nes japonais·es. Chacun de ces spectacles a connu son double en France, avec des équipes françaises. Curieux va-et-vient entre deux mondes, par le biais des mêmes textes, comme une méthode de rencontre. Car il n’y a rien eu de mieux, pour moi, que ces expériences répétées de plongées dans les mêmes complexes psychiques, dans les mêmes constructions sensibles, pour mesurer la différence et la similitude de nos humanités. Il y a d’un côté l’indivisible unité de l’espèce, travaillée partout par les mêmes émotions fondamentales, et de l’autre les infinies variations dans l’expression de ces mêmes émotions… On n’en finit pas de s’étonner, de comparer pour toujours revenir au même mouvement de reconnaissance et de stupeur : nous sommes les mêmes, nous sommes différents. Ce qui fascine, c’est la distance dans l’unité.
C’est à ce titre que j’ai souhaité pouvoir enfin réunir sur un même plateau, dans la même représentation, des êtres porteurs d’aussi grandes richesses mais qui ne les partagent pas, qui n’ont jamais la possibilité de vivre leur métier de plain-pied dans une altérité aussi radicale, tous pris qu’ils sont dans leurs mondes respectifs, affiliés aux codes, aux expressions dans lesquels ils sont nés. L’équipe de comédien·nes sera donc formée de japonais·es et de français·es, la pièce sera jouée dans les deux langues, presque indifféremment, comme s’il n’y avait pas de barrière. Dans La Cerisaie, cette ultime pièce-somme accomplissant le projet philosophique et littéraire qui traverse toute son œuvre, Tchekhov déploie son écriture comme un tissage léger et chatoyant d’échanges apparemment dépourvus d’importance, mais donnant le rythme et les indices d’un moment décisif du monde, considérable quant à sa signification et ses conséquences, indécelable dans l’immédiateté de son présent. Il y fait sans le savoir le portrait d’un monde sur le point de disparaître.
Tchekhov haïssait la longue agonie de la Russie tsariste, stagnant dans l’injustice et la misère, percluse d’un système de pouvoir usé jusqu’à la corde. Si l’on essaie de comprendre ce que “faisait” le théâtre de Tchekhov au moment où il l’écrivait, quel dialogue il instaurait avec son temps, si on le dégage de la gangue passéiste qui s’y est agglutinée au cours du 20ème siècle, et de l’ombre de la Révolution projetant rétrospectivement sur lui le statut de relique, on peut alors le percevoir dans toute sa force d’action, d’intervention cruelle et lucide sur le cours même de l’Histoire, et le caractère strictement contemporain de son regard.
Il y a là, depuis ce point précis du dix-neuvième siècle, une sorte de court-circuit, de raccourci qui nous renvoie à notre présent troublé, à nos interrogations, à l’angoisse diffuse qui nous travaille de part et d’autre de la planète.
C’est ce point de contact avec la profondeur, l’humour et la détresse de Tchekhov que je veux explorer, avec une équipe franco-japonaise de comédiens brillants et sensibles : La Cerisaie comme un dispositif de regard sur notre présent commun, comme le révélateur de ce que nous vivons maintenant. Rassemblés dans l’espace ouvert de la scène, des japonais·es et des français·es interrogent l’œuvre inquiète et vibrante de Tchekhov. Quel présent crépusculaire vivons-nous ? Au seuil de quelles mutations immenses nous tenons-nous, aujourd’hui, saisis tous ensemble dans la paralysie d’un monde malade ? De quelle lucidité nouvelle pouvons-nous nous doter, en empruntant le regard de Tchekhov pour l’appliquer sur notre temps ? »
— Daniel Jeanneteau

La Cerisaie — Anton Tchekhov, Daniel Jeanneteau, Mammar Benranou Texte : Anton Tchekhov Traductions : André Markowicz et Françoise Morvan, pour le texte français ; Noriko Adachi pour le texte japonais Mise en scène et scénographie : Daniel Jeanneteau Collaboration à la mise en scène et création vidéo : Mammar Benranou Avec : Haruyo Suzuki, Asuka Fuse, Solène Arbel, Kazunori Abe, Quentin Bouissou, Aurélien Estager, Nathalie Kousnetzoff, Katsuhiko Konagaya, Yukio Kato, Miyuki Yamamoto, Axel Bogousslavsky, Yuya Daidomumon et Yoneji Ouchi Collaboration artistique et création vidéo : Mammar Benranou Création lumières : Juliette Besançon Création son : Isabelle Surel Composition musicale: Hiroko Tanakawa Costumes : Yumiko Komai Production : Shizuoka Performing Arts Center (Japon) ; T2G Théâtre de Gennevilliers, Centre Dramatique National (France) Coproduction : Théâtre des 13 vents, Centre Dramatique National, Montpellier (France)

Du 12 novembre au 15 décembre 2021 au Shizuoka Performing Arts Center, Japon

Calendrier et disponibilités

Répétitions au Shizuoka Performing Arts Center en juillet et août, puis octobre et novembre 2021
Création japonaise au Shizuoka Performing Arts Center du 12 novembre au 15 décembre 2021
Création française au T2G à l’automne 2022

Le spectacle est disponible en tournée à l’automne 2022

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