Avec KADIST
À l’automne 2026, le T2G Théâtre de Gennevilliers et KADIST, organisation internationale pour la création contemporaine, s’associent autour d’un programme d’œuvres visuelles et vidéo. Pensé conjointement par les équipes du T2G et de KADIST, ce projet ouvre un espace de dialogue entre les arts visuels et la scène, en prolongeant les questionnements soulevés à travers les spectacles de la saison. Cette collaboration invite également les étudiant·es de l’EMBA Manet de Gennevilliers à prendre part à cette réflexion et à ses formes de transmission.
Intitulé What Have I Done to Deserve This?, titre emprunté à une chanson des Pet Shop Boys, ce programme présente une installation vidéo de Lou Fauroux et des films courts de Meriem Bennani et Anri Sala, respectivement en écho aux spectacles Bunker de Marion Siéfert et Matthieu Barreyre Siefert, Paradis Plage (une vie comme dans du miel) حياة مثل العسل de Kenza BerradaBerada, présentés dans le cadre du Festival d’Automne et Et jamais nous ne serons séparés de Jon Fosse, Daniel Jeanneteau et Mammar Benranou.
Ce titre, que l’on pourrait traduire par « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? », fait référence au sentiment d’impuissance et de malaise généralisé aussi bien face aux crises contemporaines, du changement climatique au développement exponentiel de l’IA, que face aux crises personnelles que peut traverser un individu, de la perte d’un être cher aux conflits et ruptures; autant de thèmes abordés dans les spectacles de cette saison.
La sélection et la médiation des films présentés en parallèle du spectacle Les artistes qu’on mérite de Daphné Biiga Nwanak et Baudouin Woehl sera pensée en collaboration avec les étudiant·es en classe préparatoire de l’École Municipale des Beaux Arts de Gennevilliers.
Double Takes est un programme de diffusion de films et de vidéos d’artistes, initié par KADIST en 2023 en collaboration avec des partenaires internationaux. À Paris, KADIST déploie ce programme au sein d’un réseau de cinémas, théâtres, bibliothèques, centres culturels et espaces publics. S’appuyant sur une collection de plus de 800 œuvres vidéo, il vise à ouvrir des espaces de discussion autour des réflexions sociétales contemporaines. Chaque édition est prolongée sur KADIST.tv, la plateforme de streaming gratuit de KADIST.
Avant / après Bunker
K-Detox
Lou Fauroux, K-Detox, (19:00 min., 2024), Courtesy of the artist, collection KADIST
K-Detox imagine comment, après une série de désastres géopolitiques, l’humanité réapprend à habiter un monde post-Internet. Le court métrage suit un groupe qui tente d’adoucir la fin abrupte de leurs anciens modes de vie hyperconnectés, désormais devenus impossibles. Cette tentative de deuil se déroule, pièce par pièce, à l’intérieur d’un centre de désintoxication soigneusement conçu par le clan Jenner-Kardashian et Mark Zuckerberg. Les patients tentent de retrouver les archives perdues d’un monde en ligne et de ramener leurs souvenirs numériques dans le réel. Chaque pièce propose des façons de faire face à l’effondrement d’Internet, revisitant des méthodes du passé pour construire de l’anticipation sur les vestiges d’une nostalgie collective. À partir de ce récit spéculatif, Fauroux propose des interprétations en strates sur l’accès au savoir et sur la manière dont les nouvelles technologies créent et entretiennent des rapports de pouvoir, engageant le spectateur au cœur du processus de l’œuvre et le confrontant à sa propre place dans le monde numérique. Le film appartient à une série vidéo plus large, The Internet Collapse, qui suit des personnages après la fin d’Internet.
Crédits vidéo :
Lou Fauroux, K-Detox, (19:00 min., 2024), Courtesy of the artist, Licensed by KADIST for its programs
Avant / après Paradis Plage (une vie comme dans du miel) حياة مثل العسل
FLY
Meriem Bennani, FLY, (17:33 min.,2016), Courtesy de l’artiste, collection KADIST
FLY a initialement été commissionnée comme une expérience vidéo immersive pour la première exposition personnelle de Bennani au MoMA PS1 en 2016, imitant la structure en mosaïque des yeux d’une mouche à travers un patchwork de projecteurs. L’œuvre se concentre sur une succession de scènes tournées à Rabat, la ville natale de Bennani, montrant des entretiens intimes avec des proches, un marché en plein air et un mariage animés, saturés de manipulations numériques surréalistes. Une mouche récurrente accompagne le voyage tout au long du film, fonctionnant à la fois comme motif enfantin et comme symbole de vanité, capable de chanter une chanson de Rihanna. Bennani met en évidence les contradictions et l’étrangeté de la vie quotidienne, telles que ressenties dans des situations d’acculturation. Dans la scène des trois danseuses de mariage, les sheikhas, qui se roulent joyeusement par terre, elle remplace la musique traditionnelle du mariage par The Grid de Philip Glass. Bennani décrit son travail comme un va-et-vient constant entre documentation et réalisme magique, à la fois cathartique et comme une manière de construire son univers augmenté.
Crédits vidéo :
Meriem Bennani, FLY, (17:33 min.,2016), Courtesy de l’artiste, collection KADIST
Avant / après Et jamais nous ne serons séparés
Ghost Games
Anri Sala, Ghosts Games (9:15 min., 2002), Courtesy de l’artiste, collection KADIST
Ghost Games suit la danse énigmatique de crabes guidés par une lampe torche dans l’obscurité de la nuit sur une plage sud-américaine. La vidéo produit une impression surréaliste, typique du travail de Sala, sans intrigue au sens classique, sans récit raconté. Comme dans Blindfold (2002), où un lever de soleil se reflète sur des panneaux publicitaires urbains, et Time After Time (2001), où la silhouette d’un cheval émerge de l’obscurité éclairée par les phares d’une automobile, Sala aime explorer le phénomène de la lumière et ses effets. Dans Ghost Games, il utilise le reflet menaçant de la lampe torche à travers l’obscurité de la plage. Mais contrairement au style volontairement lent de plusieurs des vidéos de Sala, où parfois la caméra ne bouge même pas, ce film est ponctué par les mouvements erratiques de l’animal, ses disparitions fantomatiques dans des trous de sable ; les rencontres occasionnelles du crabe avec les pieds de personnes non identifiées se tenant dans le sable, parfois comme une danse agressive de protagonistes, ajoutent au sentiment dramatique d’inquiétude qui se dégage de la scène.
Crédits vidéo :
Anri Sala, Ghosts Games (9:15 min., 2002), Courtesy de l’artiste, collection KADIST
À propos de KADIST
KADIST est une organisation d’art contemporain à but non lucratif pour qui l’art est moteur de transformation sociale. À travers une collection de 2 500 œuvres d’artistes de plus de 120 pays, KADIST encourage leur engagement et affirme la place nécessaire de l’art contemporain au cœur des débats de société. Avec un pôle basé à Paris et une équipe ainsi que des conseiller·ères réparti·es sur cinq continents, l’organisation développe des expositions, des résidences ainsi que des programmes physiques et en ligne, en collaboration avec des institutions internationales, favorisant de nouvelles connexions entre les cultures et un dialogue ouvert sur l’art contemporain et la société.